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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 20:52

Le blasphème en rire ou en pleurer avec Henri Pena Ruiz et Olivier Bobineau  ( France Culture )
Jésus est un blasphémateur (relire l'Evangile de Marc au chapitre 14 Verset 62 à 65, Jésus dit: "je serai à la droite du Père, du tout puissant". Il se considère comme le proche et l'égal de Dieu).
Le blasphème marque un repli identitaire, c'est un signe d'appartenance pour les gens qui posent une hiérarchie dans la société démocratique où les gens sont égaux et souverains,et je pose un ordre où il y a des supérieurs et des inférieurs et là on a affaire à une vraie confrontation philosophique.Pour faire bref, dans une société où  c'est l'autonomie,où c'est l'étalon de la laïcité face à l'hétéronomie dans un cri de dséespoir on a pas réussi avec les syndicats , avec les partis politiques alors on essaye avec la religion.
Les trois monothéismes, le christianisme, le judaisme et l'islam, sont profondément divisés au niveau de leurs adeptes, dont certains sont d'accord avec les règles de la laïcité mais dont une minorité voudraient rétablir un statut de droit public pour les religions et à partir de là, créer de nouvelles normes qui recréeraient ou restaureraient les anciennes.Aisni une "Association Droit et Liberté" s'étaiet créée autour des catholiques intégristes,et qui demandaient un remise en cause du film la dernière tentation du Christ de Martin Scorcese parce qu'elle blessait les croyances des chrétiens.Ce à quoi il faut répondre que si quelqu'un est blessé dès que sa croyance est mise en cause,c'ets l'ouverture d'un nombre interminable de procès. Les protestants Born Again se sentent blessés en Arkansas parce qu'on enseigne la biologie évolutionniste de Darwin alors qu'ils interprètent littéralement le texte biblique qui dit : "Dieu créa les animaux selon leur espèce" et cela blesse notre interprétation de la Bible et il faut l'interdire.On assiste à une remise en cause de la loi commune de 1905 par la foi particulière de certains.L'étalon c'est la liberté de conscience pourvu qu'elle ne trouble pas l'ordre public.     
Il faut à ce stade faire un peu d'histoire de sociologie et d'anthroplogie avec Marcel Gauchet sur "le désenchantement du monde":
   En un mot on parle de retour de religiosité, de Dieu, du spirituel, ce n'est pas tant l'âge individuel que l'âge identitaire. dans un monde où depuis les années 80, augmentation des risuqe, augmentation des incertitudes,jusqu'à présent les sociétés étaient fdo,dées sur un projet commun, cequ'on appelle la convivance, on va vivre ensemble aujourd'hui l'enjeu c'ets que les horizons sont flous, incertains,économiques, financiers,politiques, les grandes idéologies se sont affaissées et détériorées,qu'est-ce qui reste à l'individu pour construire son identité ? Et bien aujourd"'hui il a une palette très variée et parmi celles ci il ya les traditions spirituelles, il y a les religions et l'individu va se servir, bricoler au sens de lévi strauss avec ce qu'il a sous la main,il va se l'approprier plus ou moins, tester et se construire.
Si l'on regarde la philosophie critique contemporaine, nous voyons un philosophe italien comme Giorgio Agamben,s'intéresser de près aux textes bibliques, nous voryons Denis Girard s'intéresser à la Bible comme un gigantesque somme d'anthropologie et d'ethnologie,nous voyons Alain Badiou écrire un texte sur st Paul considérer que c'est un peu le Lénine du christianisme,et pour finir Slavoj Žižek s'intréresser au Christ, est-ce à dire que ces figures, ces fables deviennent de gigantesque boites à outils de mythes,qui permettent de ieux comprendre la société contemporaine,comment interpréter ce retour des mythes religieux dans la pensée contemporaine ?
Le christianisme n'est pas une religion de sortie de religion comme le pense Marcel Gauchet, car pour sortir le christianisme de la sphère publique, il a fallu que le sang et les larmes coulent..Jusqu'à une période très récente, le christianisme ne reconnaissait pas la liberté de conscience il a fallu attendre Vatican II en 1862 pour reconnaître la liberté de conscience, le droit à l'apostasie aussi, aujourd'hui encore l'église ne reconnaît pas l'égalité puisqu'elle revendique des priovilèges comme par exemple, le salaire pour les prêtres de Alsace Moselle du régime Concordataire payés avec des impôts des athées....
Karl Marx dans la critique du droit politique hégélien en 1843 dit : "que la religion peut quelquefois servir de compensation" et il explique avec cette image célèbre : "le soupire de la créature opprimée, le supplément d'âme d'un monde sans âme".
Et nous y sommes, un monde sans âme,nous sommes dans l'ultralibéralisme qui voue le monde à l'inhumanité, on réduit les humains à des stocks que l'on va dégraisser, on a de soucis que de la spéculation, on critique des peuples quand ils rejettent les diktats des marchés, et dans ce contexte de mondialisation ultralibérale porteur d'inhumanité, il est clair qu'il ya une sorte de désespérance alors que certains se tournent vers la religion c'est une chose mais,il y en a d'autres qui se tournent vers un humanisme de reconquête des droits sociaux. Il n'y a pas fatalité à cette compensation identitaire par le seul religion et la sphère spirituelle ce n'est pas le religieux qui en a le monopole. Jean Paul sartre disant l''existentialisme est un humanisme,n'appuie pas la spiritualité sur la religion, mais sur l'humanisme critique.
Il faudrait donc arrêter de dire que le désenchantement du monde proviendrait  d'un reflux des religions,il provient de cet ultralibéralisme qui déshumanise profondément les relations humaines.
"La religion n'est plus l'opium du peuple mais la vitamine du faible"   Régis Debray
Dans le mot opium il y a deux dimensions comme le faisait remarquer Marx,c'est en même temps un sédatif et en même temps une fuite donc en même temps une protestation contre un monde , "c'est le soupir de la créature opprimée", mais une protestation contre un monde sans âme.
Depuis trois ans les musulmans de France sont montrés du doigt par les pouvoirs public dans les débats sur l'identité nationale, sur la burqa puis sur la Laïcité qui stigmatise les mauvais Français de la République.

Qu'estce que ces questions d'Islamophonie et de Christianophobie nous disent de notre société qu'est-ce que le blapshème nous dit de notre laîcité à la française.  

  

Non, on ne coupe plus la langue des impies... On ne leur tranche plus la tête non plus, sinistre sort que connu le Chevalier de la Barre en 1776, accusé de ne pas avoir salué une procession.  Mais pour un « Charia hebdo » censé fêter la victoire du parti islamiste Ennahda en Tunisie, montrant un Mahomet joyeux et débonnaire promettant « 100 coup de fouets à ceux qui ne seraient pas mort de rire », le siège parisien de Charlie Hebdo a été ravagé par une bombe incendiaire, brûlé par les flammes de l’enfer, son site Internet piraté par des Hackers et sa page Facebook fermée pour cause d’insulte… Et pour la représentation d’une pièce « Sur le concept du visage du fils de Dieu » au Théâtre de la Ville, des catholiques intégristes aspergent d’huile de vidange des spectateurs pour protester que l'image du Christ soit aspergée d'excréments au début des représentations puis maintenant d'encre noire avec cette phrase « Tu n'es pas mon berger »...

Blasphèmes, islamophobie, christianophobie, ces mots ont de nouveau surgis du passé... Du Tartuffe de Molière à La Dernière Tentation du Christ de Scorsese, en passant par les caricatures danoises de Mahomet ou les Versets sataniques de Salman Rushdie, l’accusation de blasphème vient périodiquement remettre en question l’autonomie de l’art et sa prétention à traiter librement de tous les sujets…

 « Dieu est Dieu, nom de Dieu !  » écrivait déjà l’espiègle Maurice Clavel en 1976... Car oui  au pays de Voltaire et de Jeanne d’Arc, le blasphème n’est pas un délit et n’a plus de signification depuis 1789 que pour les croyants … Alors comment interpréter ces troubles, ces violences faites à la liberté d’expression : discriminations réelles ou ressenties ? Crispations victimaires ou affichage identitaire, cri de ralliement de croyants qui se sentent minoritaires ? Mais quel est donc ce sacré qui tremble devant le rire ou la critique 

Invité(s) :
Henri Pena-Ruiz
Olivier Bobineau, sociologue des religions

 


 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 11:10

Voilà donc la sélection du mois des Chérèze, Dupin, Djubaka et Perez réunis qui nous assènent leurs choix auquel il faut absolument ne pas échapper sous peine de....

De toutes façons vous serez matraqués à longueur de journée par ces titres et ne pourrez y échapper, pas même et surtout si vous êtes producteur ou réalisateur dans cette Station de Service Public ( français ???)

La langue y est bafouée au détriment des recommandations du CSA dont France Inter se moque et malgré les remontrances du cabinet d'Audit qui planche sur les quotas à respecter.(voir groupe "playslists sur France Inter" dans le réseau facebook)

Vous ne trouverez presque aucune langue européenne et aucune langue régionale vouée au pilori ou reléguée dans la catégorie "has been" par messieurs et dames programmateurs tous puissants et nommés à vie...

Vous n'y échapperez donc pas mais si dans un vrai service public on faisait voter les Auditeurs ? Comme au temps des Palmarès de la Chanson et des Hit Parades ?

 

FRANCOPHONES (35)


1-Jean-Louis Aubert Maintenant je reviens

2-Alain Bashung Marilou sous la neige album france inter : L'homme à tête de chou

3-BB Brunes Cul et chemise

4-Brigitte Big bang (au pays des candides)

5-Camille L'étourderie album france inter : Ilo Veyou

6-Julien Clerc Fou, peut être album : Fou, peut être

7-Da Silva Les stations balnéaires

8-Daniel Darc C'est moi le printemps album : C'est moi le printemps

9-Claire Denamur Rien de moi album france inter : Vagabonde

10-Thomas Dutronc Demain album france inter : Silence on tourne, on tourne en rond 11-Thomas Fersen Le balafré album france inter : Je suis au paradis

12-Tom Fire et MC Solaar Marche ou rêve

13-Zaza Fournier 15 ans album france inter : Regarde-moi

14-Framix I Can't Refuse It (classé francophone !!!!)

15-Lulu Gainsbourg et Scarlett Johansson Bonnie and Clyde album : From Gainsbourg to Lulu

16-Lulu Gainsbourg L'eau à la bouchealbum : From Gainsbourg to Lulu

17-Arthur H Give me up album france inter : Baba love L Mes lèvres

18-Bernard Lavilliers Causes perdues album france inter : Causes perdues et musiques tropicales

19-Vincent Liben La condition de l'allumette

20-Louise Attaque Du monde tout autour

21-Florent Marchet L'idolealbum france inter : Courchevel

22-Ziggy Marley et Tété Wild and free (classé francophone !!!!)

23-Miossec Chanson que personne n'écoute  album france inter : Chansons ordinaires 24-Miro La fille de la chanson

25-Jean-Louis Murat Les rouges souliers album france inter : Grand lièvre

26-Naïf Goûte-moi  

27-Vanessa Paradis et -M- La Seine

28-Paul Personne M.M.I. (Me myself and I) (classé francophone !!!!)

29-Lisa Portelli Le régal

30-Le Prince Miiaou Tous les garçons et les filles

31-Robi Je te tue

32-Stupeflip Ce petit blouson en daim

33-Hubert-Félix Thiefaine Fièvre résurrectionnelle album : Suppléments de mensonge 

34-True Live et Féfé TV Mansfield TYA Logic Coco (classé francophone !!!!)

34-Weepers circus Elles s'amusent

35-Zoufris Maracas (les) Et ta mère


ANGLOPHONES (19)   Ouf ! Quotas CSA trespectés !! 


1-Keren Ann You were on fire album france inter : 101

2-Björk Crystallinealbum france inter : Biophilia

3-Captain Kid We and I Caravan Palace 12 juin 3049

4-Charles Bradley Stay away Hollie Cook That very night Aloe Blacc Green lightsalbum france inter : Good things

5-Alexander Truth Hanni El Khatib Dead wrong

6-Feist How Come You Never Go There

7-Florence + The Machine What the water gave me

8-Gotan Project et Tumi Strength to lovealbum france inter : Gotan Project

9-Best of Kasabian Days are forgotten

10-Lana Del Rey Blue jeans

11-Little dragon Ritual union

12-Metronomy Everything goes my way

Noel Gallagher's High

13-Flying Birds The death of you and me

14-Ornette Today is the dayalbum : Crazy Red hot chili peppers

15-Factory of faith Selah Sue

16-Black Part Lovealbum : Selah Sue Superheavy

17-Miracle Workeralbum : Superheavy

18-The Rapture Never die again

19-Charlie Winston Hello alone

WORLD JAZZ(12)

1-Afrique enchantée Ticket d'entrée

2-Flavia Coelho O que sou Dengue

3-Fever Ukualbum : Cannibal Courtship

4-Mamani Keita Sinikan album france inter : Gagner l'argent français ( tout un programme !!)

5- Melingo Corazon & hueso

6-Ablaye Ndiaye Thiossane

7-Aminata ndiaye Sally

8-Nyolo Toi et moi album france inter : La Nuit à Fébé

9-Lucas Santtana Cira, Regina e Nana

10-Sharon Jones & The Dap Kings New shoes

11-Tinariwen Tenere taqqim tossam album france inter : Tassili

12-Tom Waits Back in the crowd

ALBUMS INTER

Keren Ann You were on firealbum france inter : 101

Alain Bashung Marilou sous la neige album france inter : L'homme à tête de chou

Björk Crystalline album france inter : Biophilia

Camille L'étourderie album france inter : Ilo Veyou

Aloe Blacc Green lights album france inter : Good things

Claire Denamur Rien de moi album france inter : Vagabonde

Thomas Dutronc Demain album france inter : Silence on tourne, on tourne en rond Thomas Fersen Le balafré album france inter : Je suis au paradis

Zaza Fournier 15 ans album france inter : Regarde-moi

Gotan Project et Tumi Strength to love album france inter : Gotan Project Best of Arthur H Give me up album france inter : Baba love

Mamani Keita Sinikan album france inter : Gagner l'argent français

Bernard Lavilliers Causes perdues album france inter : Causes perdues et musiques tropicales

Florent Marchet L'idole album france inter : Courchevel

Miossec Chanson que personne n'écoute album france inter : Chansons ordinaires Jean-Louis Murat Les rouges souliers album france inter : Grand lièvre

Sally Nyolo Toi et moi album france inter : La Nuit à Fébé

Tinariwen Tenere taqqim tossam album france inter : Tassili

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 17:49

linkSaigon_Marseille-copie-1.jpg

Cher(e)s ami(e)s
 
C’est avec un plaisir immense que je vous annonce la parution prochaine du livre de Nguyen Van Thanh,
 
Saïgon-Marseille, Aller simple
 
aux éditions Elytis, à Bordeaux.
 
Nguyen Van Thanh va avoir 90 ans dans quelques jours. Il est un des tout derniers anciens travailleurs indochinois encore en vie. Il y a dix ans, il s’est mis à écrire ses mémoires. Mémoires d’une vie incroyablement remplie : Enfance gâtée à Hué, camps de travailleurs indochinois en France, rencontre avec Juliette, vie ouvrière en banlieue parisienne, retrouvailles avec sa famille au Vietnam en 1975,…
 
A travers ce récit individuel, se dessinent des pans entiers de l’histoire de la colonisation française en Indochine, et de l’immigration vietnamienne en France.
 
Pendant ses dix années d’écriture, jamais il ne vint à l’esprit de Nguyen Van Thanh que son texte serait un jour publié.
 
Porte-parole magnifique de ses anciens compagnons, Nguyen Van Thanh prononça à Saint-Chamas, le 16 octobre dernier, un discours extrêmement émouvant :
 
 
Quelques mois auparavant, il avait aussi bouleversé l’assistance lors de l’inauguration de l’exposition sur les travailleurs indochinois aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, à Marseille, le 9 mai 2011.
 
Son livre, illustré de nombreuses photos, sortira en librairie début janvier 2012. Si le libraire près de chez vous ne l’a pas en stock, il se fera un plaisir de vous le commander.
 
En attendant cette date, l’éditeur propose une vente anticipée, à un prix (très) légèrement inférieur, mais surtout avec les frais de ports gratuits. Il vous suffit d’imprimer le Bulletin de souscription ci-joint, et de le renvoyer par la poste.
Vous pouvez aussi lui téléphoner au 05 56 680 650.
 
Cette offre est valable jusqu’au 21 novembre 2011 !
 
Très amicalement,
 
Pierre
 
Pierre Daum
22, rue Henri René
34000 Montpellier
06 61 76 33 12
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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 21:42
PIERRE-YVES MARZIN  FLASHBACK, L’ACTUALITÉ DE LA CINEPHILIE ( Libération )
Les révoltés de l’autodafé mexicain
Face à la volonté de la Cinémathèque de Mexico de détruire 35000 bobines de films, la résistance s'organise.
PIERRE-YVES MARZIN 
Mexico envoyé spécial
«Pour les Mexicains, la mémoire n’a aucuneimportance. Les archives de la nation pourrissent, elles sont pleines de champignons, on veut les déplacer sans arrêt. Quand elles ne sont pas purement et simplement détruites.» Installée à Mexico depuis 1978, Sibylle Hayem, ingénieure du son française, a consacré ses travaux aux traditions mexicaines. Et de rappeler une curieuse manie,née au temps des Aztèques qui, tous les cinquante-deux ans, lors de la traditionnelle fête du Nouveau Feu, saccageaient leurs pyramides et leurs biens. Les colonisateurs espagnols détruisirent à leur tour le codex préhispanique.
Cette «tradition» de la destruction a traversé les siècles. Et si les archives ont été sauvegardées, c’est grâce aux soins d’individus isolés. Sibylle Hayem est de cette espèce, plutôt rare au Mexique. Son dernier combat remonte à quelques mois:sauver 35000 bobines de films d’une destruction réclamée par la direction de la Cinémathèque, sous prétexte d’un règlement absurde.
A la poubelle. Janvier 2000:la nouvelle directrice de la Cinémathèque de Mexico,Luz Fernandez de Alba,décide que l’institution doit disposer d’une collection permanente de 200 films,pas un de plus,pas un de moins. Or, pendant de nombreuses années,des réalisateurs, des producteurs et les services culturels des ambassades en place au Mexique avaient fait don à la Cinémathèque de milliers de films.
Hélas, ils sont entrés dans les archives sans que l’administration de la Cinémathèque n’en accuse réception. Officiellement, ils n’existent donc pas.La direction prend alors la décision de jeter à la poubelle «l’excédent», soit 35000 bobines,des images, des positifs, des négatifs, des bandes magnétiques.
La décision tombait à point nommé: le parti au pouvoir (PRI) venait de perdre la présidentielle et toutes les institutions gouvernementales devaient être remises en parfait état de marche au parti vainqueur (PAN). Les films entrés sans trace officielle dans les archives, preuve du laxisme administratif,pouvaient être détruits en toute impunité.
Le 23 novembre commence le défilé des camions-poubelles.
Alerté par une voix indiscrète,Gerardo Ortiz Trejo, conservateur auprès de l’Institut mexicain du cinéma (Imcine) arrive à la Cinémathèque avec des camions de déménagement et quelques chauffeurs. Il récupère en douce les bobines et les emporte pour les planquer dans l’entrepôt de l’Imcine.
«Mais cet institut n’a pas la vocation de conservation, il sert à distribuer les copies de films mexicains à l’intérieur du pays et à l’étranger, explique Sibylle Hayem. Les films sont gardés à une température de 12° avec 50% d’humidité. Il n’y a pas vraiment la place pour entreposer 35000 bobines de plus.»
La direction de la Cinémathèque réagit aussitôt et somme Gerardo Ortiz de brûler les 35000 bobines.Il est menacé de licenciement s’il rend publique la nouvelle.Dans une folle course contre la montre, il identifie une centaine de bobines comme étant des chutes sans valeur, les rassemble et les brûle en public.Les autres sont à l’abri.Entretemps,Alfredo Joskowicz, ex-directeur des studios Churubusco Azteca qui,à Mexico, incarnent l’âme du cinéma local,est nommé directeur de l’Imcine.Le 3 avril, il décide de venir en aide à Gerardo Ortiz et d’établir une politique cohérente de conservation des films entre toutes les institutions concernées.
Accord in extremis? Fin du cauchemar? Pas du tout.«Selon la loi, poursuit Sibylle Hayem, les images sont développées dans des laboratoires qui doivent conserver les négatifs.Au fil des années, des dizaines de producteurs indépendants ont travaillé avec Filmolaboratoires, qui a entreposé depuis 1951 les négatifs dans un immeuble de trois étages. Patricia Millet, la propriétaire de l’immeuble, a annoncé que des bulldozers détruiraient bientôt l’entrepôt. Elle demande aux producteurs et réalisateurs d’emporter leurs films.Pour l’heure, seuls les héri- tiers de Fernando de Fuentes et la famille Gazcón sont venus retirer leurs bobines pour les remettre à l’Unam
En attendant,personne ne sait ce qu’il adviendra des trésors enfermés dans l’entrepôt. In extremis, les bulldozers ont rebroussé chemin et certains négatifs, considérés comme les plus précieux,ont été entreposés dans un local prêté par un voisin. Pour combien de temps? L’Imcine négocie et fait le forcing: qui pourrait se charger de l’ensemble des négatifs,et aussi des bobines-son, les pépites d’or du cinéma mexicain,dont personne ne semble vraiment se soucier.
LUC DELANNOY VENDREDI 24 AOUT 2001 LIBERATION  p 27 CULTURE
Sibylle Hayem, à la recherche du son perdu
Cette Française tente de restaurer les trésors des musiques de films.Jusqu’à la fin des années 60, le Mexique était, après l’Inde et les Etats-Unis, le troisième producteur de cinéma au monde avec près de 180 films par an
en moyenne. Pourtant, Sibylle Hayem s’est aperçue qu’il n’existait aucun disque de musique de films mexicains.Explication aux Studios Churubusco Azteca:«Je suis tombée sur une pièce bourrée de bobines puantes. Les masters des bandes sonores avaient été oubliés.Personne ne savait. Les autorités voulaient s’en séparer à cause de l’odeur.» Virus du vinaigre. Au Mexique, la musique de film a d’abord été enregistrée sur des disques en aluminium.Dans les années 50,ils furent remplacés par des bandes magnétiques.Victimes du virus du vinaigre,ces bandes sont en train de pourrir.«Il m’a fallu un an pour faire comprendre aux autorités qu’il y avait des trésors à restaurer.
Comme à Hollywood, les studios de Churubusco étaient très fermés et seuls quelques compositeurs y avaient accès.Et il n’y a ni partitions ni répertoire de tous les trésors qui furent enregistrés. J’ai restauré une bande pour l’envoyer au directeur des studios,Alfredo Joskowicz,qui m’a engagée sur le champ pour continuerla restauration.»
Première découverte: 80 des 156 musiques de Raul Lavista,l’héritier des pères du musical mexicain.Deuxième découverte,90 bandes de Manuel Esperón qui a composé pour plus de 600 films. «Esperón a débuté en accompagnant au piano les films muets, rappelle Sibylle Hayem.
Ses compositions font partie de l’inconscient populaire, il a composé pour les films la Mujer del Puerto (1933) –considéré comme le premier film parlant mexicain– Ay Jalisco,no te rajes (1942), Amorcito Corazón
(1960)… Il a aussi composé pour Jorge Negrete et Pedro Infante. Il a aujourd’hui 90 ans, je l’ai invité à venir écouter ses bandes qu’il découvrait après toutes ces années

Inédits. Troisième découverte:des musiques et des chansons inédites de Perez Prado,Libertad Lamarque, César Costa,Chico O’Farrill,Cuco Sanchez,Pedro Infante… «A partir du film Allá en el Rancho Grande(1936) de Fernando de Fuentes, le cinéma mexicain acquiert un style unique qui mélange le playback et la musique de fond.Dans tous les films, il y a des chansons interprétées par les vedettes de l’époque.Personne ne veut croire que Perez Prado a composé des musiques de fond, il a pourtant fait la musique de Desnudarse y Morir  de Miguel Morayta (1966) et A Fuego Lento de Juan Ibañez (1978).Chico O’Farrill a composé pour Mexico Nunca Duerme de Alejandro Galindo (1958).»
Avec toutes ses découvertes, Sibylle Hayem espère monter une phonothèque.Elle serait l’une des plus belles du monde l L.D.
Les entrepôts de la Cinémathèque de Mexico.  Sibylle Hayem, ingénieure du son française, vit à Mexico depuis 1978.
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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 20:57

"Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l'avons été" Virginia Woolf (quelques heures avant son suicide)


Empêtré dans les filets de l'âge et de la dissimulation je retourne à mon impuisance et à ma solitude comme Marcel Proust. J'ai toujours les yeux verts en amande, des cheveux noirs mais plus courts, plus drus. toujours une peau de fille, où pousse difficilement une barbe clairsemée. J'ai 63 ans, cela pourrait être le début de quelque chose, je pourrais donner un sens à ma vie, une direction, un but, je pourrais entrer dans la grande photo du monde, prendre ma place dans la société des hommes. pourtant je reste seul, un peu à l'écart, un peu au dehors, je disparais au coin des rues, on perd vite ma trace, vieille habitude de fugueur. je n'aime pas ce siècle qui a piétiné mes espérances, qui m'a tellement déçu. Mieux je le maudis.


Car à la fin, on est forcément égoïste dans la rupture, égoïste est  seul; nul n'est en mesure de nous y atteindre. certains tentent de s'approcher, d'accomplir des pas dans notre direction, ils cherchent des paroles, des gestes, mais ça ne pèse rien, c'est du vent, du sable. On est là dans la solitude absolue, intouchable. (...)


Les écrivains repoussent la mort, c'est pour cela qu'ils écrivent.


Je me souviens de tout. J'aurais aimé quelquefois perdre la mémoire, ne pas être assailli par les souvenirs, ne pas être rongé, dévoré, me débarrasser de toi, mon amour, mon triste amour. certains soirs, j'ai même songé qu'il eût été préférable de ne jamais te connaître. Cependant mes combats étaient absurdes. Toujours j'étais ramené à toi. Toujours revenaient les images du temps d'avant, le bonheur. C'est terrible le bonheur. Quand on y a goûté, impossible de faire comme si on ne savait pas.
 

 

Extrait de "Retour parmi les hommesPhilippe BESSON.retour-parmi-les-hommes_m.jpg

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:28

Quelle heure est-il à la Nation ?

Ce côté du monde, c'est mon centre, ma contrée intime, mon point de départ, ma respiration. Place de la Nation. C'est à partir de là que j'ai appris à regarder autrement la lumière des saisons, à lire les pierres, à surveiller les bourgeons, à guetter les merles, à toucher le bord des choses, à comprendre l'histoire, à entrer dans le temps, à bousculer les années sans demander la permission à personne, à modifier le sentiment de l'espace, à mettre de la musique et à danser, face aux grands arbres, aux passants et au ciel. À «retrouver » une liberté que je croyais connaître mais qu'en réalité je cherchais sans cesse, et que je cherche encore.

 

Je ne sais pas pourquoi j'aime autant cette ligne-frontière entre Paris et le Bois de Vincennes, ce Bois qui est pour tous les habitants du douzième une espèce de kiosque géant au fond du jardin, un privilège familial qu'on apprécie sans même avoir besoin d'y aller: savoir que le Bois tout entier appartient au douzième suffit à l'aimer et à en être fier. En revanche, savoir que seul le côté pair du Faubourg Saint-Antoine fait partie du douzième ne nous fait pas moins aimer son côté impair, qu'on regarde toutefois de loin, puisqu'on préfère ne jamais quitter le trottoir de gauche quand on s'aventure à pied, de la Nation à la Bastille et qu'on arpente les différents rythmes du Faubourg comme s'ils étaient les mouvements d'une symphonie.

L'horloge de la Nation a disparu pendant quelques jours après les grands cortèges du 1er mai. Dès le lendemain, j'ai buté sur le vide que son absence soulignait. J'ai cherché très vite tout autour, j'ai cru qu'on l'avait simplement déplacée: mais non, elle n'était vraiment plus là. J'étais perdue, j'avais peur qu'elle n'ait disparu pour toujours. Et quand elle a réapparu, quinze jours plus tard, elle était complètement désorientée: pour prévenir qu'il était midi elle disait trois heures vingt, ou cinq heures sept. L'heure était toujours incohérente sur chacun de ses cadrans, à la même seconde il était sept heures cinq, onze heures moins dix, huit heures vingt-cinq, alors qu'il était déjà neuf heures et que j'étais en retard. Elle aussi est devenue, peu à peu, ma boussole, ma confidente. Elle a été témoin de toutes mes attentes, mes joies, mes battements, mes inquiétudes. Un petit signe des yeux en passant — depuis vingt-cinq ans maintenant — et le monde pouvait se rythmer à nouveau.

Il y a dans chaque parcours du matin une série d'objets, d'ensei­gnes, de visages et de sons qui font partie du chant quotidien: la fontaine Wallace à l'entrée du Cours de Vincennes, les lettres de l'hôtel du Printemps, le nom des architectes sur les immeubles de l'Avenue Saint-Mandé et du Boulevard de Picpus, H. Bello, Frédé­ric Bertrand, Louis Grossard, Jean Falp, L Péchard; la mémoire de tous ces jours de sang Place de l'île de la Réunion, là où la guil­lotine avait été installée en 1794, du 14 juin au 27 juillet; sur ces pavés on assistait à la décapitation de 1 306 personnes qu'on transportait en charrettes, jour et nuit, jusqu'à la fosse commune, dans le jardin du couvent des religieuses de Picpus. Je lève la tête, je re­garde ces mots creusés dans la pierre et je ne comprends toujours pas comment ces scènes ont pu se passer là, dans l'angle de la rue des Colonnes du Trône et du Boulevard de Picpus. Juste au-dessus, sur un rebord de pierre, cinq pigeons dorment en plein midi, la tête enroulée sous les plumes. Au rez-de-chaussée, une fe­nêtre est ouverte, un rideau de tulle blanc passé bouge très lente­ment. Je n'ai jamais su qui habitait là, dans ces bâtiments fantômes de la Place de l'île de la Réunion.

La musique techno du manège, les joueurs de boules, les adoles­cents qui traînent devant le métro, les vendeurs de porte-monnaie, les jeunes Pakistanais qui tendent des bouquets de lavande sur le chemin en souriant et en répétant «Ci, ci, ci beaucoup». Ce sont toutes ces images vues en accéléré qui permettent de se préparer à regarder plus loin, vers la ville, la vraie, celle qui rayonne autour de la Place de la Nation, à partir de son faubourg, de ses boulevards, ses avenues et ses rues. La Nation est le résumé du monde. Les coulisses de Paris. On croirait que la ville tout entière se déplie d'un coup avec la présence de cette immense femme de bronze au centre de la Place. C'est elle qui donne l'élan, qui ouvre le rideau de Paris. Les plis de sa robe, la grâce du mouve­ment des hanches, l'ampleur de son geste, la main qui offre et décide en même temps. Elle désigne la marche vers la ville, une torche à la main, elle tourne le dos au Bois de Vincennes, elle re­garde déjà vers la Bastille et ce char qu'elle entraîne vers l'avant a l'air d'un jouet: Je vous présente Paris, que chacun trouve à partir d'ici sa fougue, entrez dans la danse, je suis celle qui vous ouvre le chemin, je suis l'ourlet de la ville, le bas de sa robe, je suis le tissu de cette frontière, je ne cesserai jamais de marcher avec vous.

C'est Marianne. Le Génie de la Liberté. Une jeune fille qui ressemble à la Gradiva, je cours avec elle, je l'aime depuis toujours, je cours encore, quelle heure est-il à la Nation ?

Elle aussi, comme l'horloge de la Place, est une espèce de boussole ou d'aimant qu'il me plait de saluer tous les jours, en prenant un café noisette chez Prosper ou au Dalou, en achetant le journal au kiosque devant le métro, ou en allant au cinéma, de l'autre côté du jardin, vers le Boulevard Diderot. Jules Dalou était l'ami de Rodin. C'est lui qui a sculpté cette immense scène du Triomphe de la République: il devait être par là le 19 novembre 1899 pour l'inauguration, en habit de cérémonie, légèrement déçu peut-être de ne pas avoir été choisi pour trôner Place de la République. L'enfant qui est assis près de Marianne et qui tient un livre, je n'ai jamais croisé son regard mais je sais qu'il tient un secret. Les crocodiles de fonte ont disparu. Le bassin aussi. Ils représentaient les ennemis de la République et les Allemands ont cru s'y reconnaître: ils ont aussitôt donné l'ordre de les faire fondre. Depuis, un jardin les a remplacés. Au fond de la nuit, autour des arbustes, rôdent des filles venues de Tirana, de la Sierra Leone, de Moscou ou de Budapest. Leurs visages sont régulièrement éclairés par les phares des voitures, ça ne dure que trois secondes et on ne les voit plus, on n'est même pas sûr de les avoir croisées.

 Les cloches de l'Immaculée Conception viennent de sonner. C'est dimanche dans la rue du Rendez-vous. C'est là que les hommes se réunissaient pour aller à la chasse. C'est par là aussi que passaient les bergers avec leurs moutons pour rejoindre Saint-Mandé ou Vincennes. Un orgue de Barbarie apparaît sous les fenê­tres du Boulevard de Picpus. Je jette une pièce de deux euros parce que je reconnais la mélodie: mon amant de Saint-Jean. La pâtisserie va bientôt entrer en scène, les tartes au chocolat sont éclatantes, comme tous les dimanches après la messe. Au bout de la rue, au coin de l'Avenue Arnold Netter, il y a toujours le même homme qui vend le Journal du Dimanche — je ne sais pas cc qu'il fait le reste de la semaine. Je file vers la boulangerie mer­veilleuse et prends place dans la queue. Les boutiques se succèdent dans la rue du Rendez-vous, elles ressemblent aux livres d'images que j'aimais découper en Tunisie, à plat ventre sur les mosaïques de ma chambre quand je découvrais la France à travers ces scènes où le fleuriste, le boulanger, l'épicier, le cordonnier, le libraire, le coiffeur, le poissonnier se partageaient la rue principale. Les pas­sants avaient des chapeaux noirs et des costumes de carton, les petites filles des robes brodées de coton rouge à col bateau, les charrettes de légumes et de fruits scandaient la rue et moi, j'imagi­nais les fanfares et les chorales de quartier.

Tout est intact dans la rue du Rendez-vous, en ce mois de juin 2002, comme dans ces premières lectures. Tout se déplie très lentement, le brocanteur, le pharmacien, le chocolatier, le traiteur vietnamien, le fromager, le charcutier, le marchand de chaussures, le marchand de vins, bref, c'est la fête dans le quartier: l'accordéoniste de la Nation est venu jouer sa Violetera jusqu'ici, des gitanes proposent des bouquets d'hortensias et le jeune fou au crâne rasé et béret de laine — celui que tout le monde protège et a vu grandir —, passe pour la quinzième fois devant le tabac en mar­monnant de grands raisonnements à mains hautes. Il est clair, pour tous ceux qui partagent cette rue du Rendez-vous, qu'elle porte toujours sur elle un air de fête, dans ce village qu'est encore Picpus; mais personne n'ose le dire. On se salue, on sourit, sans plus. Le fleuriste a sorti les géraniums, les capucines et les bou­quets de pivoines sur le trottoir, il y a même un olivier en pot qui me tente depuis quelques jours et, dans un jardinet de l'Ave­nue Saint-Mandé, tous les rosiers sont en fleurs.

De l'autre côté de la Place Courteline, juste après le jardin de Picpus, les hommes jouent à la pétanque et les clochards se sont aménagés un salon dans le kiosque à musique.

À la terrasse de chez Gudule, les lycéens commentent les sujets de philo: «Connaissons-nous mieux le présent que le passé?» De temps en temps, une mouette vient signer le ciel. C'est à elle que j'adresse à mon tour cette question.

Ce point du monde qu'est le douzième, c'est donc non seule­ment la Nation, Picpus, Bel-Air et Daumesnil mais Reuilly….La forme de son dessin est devenue mon paysage mental. Je m'explique. Pour raconter, j'ai toujours eu besoin de prendre appui sur les secondes du présent, sur tout ce que j'étais en train de vivre et qui battait la mesure. Elles vont fuir, ces secondes, mais je ne cherche pas à les rattraper; je connais un autre temps qui habite mes doigts, c'est simplement les faire entrer dans ma danse que je cherche.

Le douzième, cet arrondissement qui a été créé le Ier janvier 1860 et qui a été partagé en quatre quartiers, Bel-Air à l'Est, Bercy au Sud, Picpus au centre et les Quinze-Vingts à l'Ouest, a été le lieu de naissance de mon élan vers le roman. Il a signé cette envie qui surgit soudain de vouloir bâtir un livre entier, de recomposer sa propre histoire en une série de scènes, de faire de ces «secondes du présent » un motif irrégulier qui rassemblerait l'histoire plus lointaine, plus large, qui mettrait en scène d'autres pays, d'autres destins, qui croiserait sans cesse les temps, les visages, les corps et les lieux.

De la même façon qu'un fil invisible soutient tous les livres qu'on écrit, quelque chose de secret m'a conduite vers ce quartier pour pouvoir écrire. Comme un amour qu'on aurait croisé régulièrement sans jamais chercher à lui parler, sans même faire attention à la magie qui habitait déjà les corps. Et puis un jour, c'est l'évidence, on prend la route, on met la musique à tue-tête, on file vers la mer et on ne se quitte plus.

Je suis arrivée à Paris en septembre 1967 — mes frères m'attendaient au Train Bleu —, dans la Gare de Lyon: Tu vois comme c'est beau Paris, regarde là, du côté des rails, à cette table, venait dîner régulièrement Buñuel, c'est la plus belle salle à manger du monde, tu ne trouves pas ? J'étais tellement éblouie que j'ai cru deviner la mer en sortant sur l'Esplanade, je n'avais jamais vu une si grande horloge — au moins six mètres de diamètre et des aiguilles géantes — et en découvrant ce bas-relief, sous la loggia de la tour, qui montrait la Méditerranée avec des couleurs d'opérette. Le lien entre la Tunisie et la France était là, inscrit dans la pierre, depuis ce premier jour. Même s'il était logique que ce bas-relief soit présent, à cet endroit, puisque la Gare de Lyon a toujours été le grand lieu de rêverie du Sud, de la Méditerranée, de l'Italie. Paris, premier regard. Paris, première rencontre.

Et puis très vite, dans les semaines qui ont suivi, mes frères m'ont montré Montparnasse, le quartier latin, l'Olympia, les Grands Boulevards, la rue Mouffetard, Saint-Germain. Ils m'ont installée dans une chambre-alvéole que j'ai aimée passionnément, au carrefour de la Croix-Rouge, au numéro trois de la rue de Grenelle, ancienne adresse des Editions Gallimard — mais ça, je ne l'ai su que plus tard.

Je découvrais alors Paris sans me soucier de son découpage, tout ce que je voyais était différent, je ne voulais pas comprendre davantage: mes seuls repères étaient les cafés, les théâtres, les bibliothèques, les cinémas et mes cahiers d'écolier que je remplissais frénétiquement. Paris par écrit.

En avril 1968, je suis descendue à la Nation pour rejoindre un ami qui habitait rue Fabre-d' Eglantine et ce jour-là, je ne savais pas que j'étais en train de vivre une heure historique: la RATP avait choisi cette station pour faire des essais de « tourniquets ». Je suis restée longtemps à regarder les passants jouer aux tourniquets comme si c'était le Grand Huit, j'aimais faire partie des badauds, écouter les plaisanteries. Il y avait encore les poinçonneurs en uniforme, les femmes qui tricotaient, assises sur de minuscules sièges: quand on tendait le billet, elles posaient leur tricot sur les genoux, faisaient «clac clac » et prenaient la course des aiguilles.

Avec ces tourniquets, une note d'avant-garde avait inondé le métro. En quelques secondes, tout s'était métamorphosé. Il y avait dans l'air à la fois un goût de province sans temps bien défini, une odeur de pralines et de pain d'épices, signature de la Foire du Trône et une envie d'être déjà dans l'avenir: avec les images prophétiques du parc de Bercy, des arches du Ministère des Finan­ces, du train Meteor sans chauffeur, mais aussi de la Coulée Verte, de l'Opéra Bastille, des cafés branchés, des boutiques de créateurs, de toutes les inventions architecturales du quartier Montgallet ou de la rue Paul-Belmondo.

Ce jour-là, en sortant du métro, Place de la Nation, j'ai été prise de vertige, comme si j'avais vu, en accéléré, le dessin de ma vie future. Les tiges de fleurs sculptées par Guimard dans la fonte, m'ont paru, elles aussi, faire partie d'un monde enchanté. M, comme métro, disait le dessin. M, comme Marianne, préférais-je entendre. Tout à coup, ce cercle en forme de jardin au bout de la ville, cette gaieté soudaine, ces grands arbres, ces colonnes qui tra­çaient une frontière entre le dehors et le dedans de Paris, ces deux pavillons de Ledoux qui disaient bien qu'on avait rejoint la barrière de Paris, les lettres du Printemps suspendues dans le ciel, cette statue de Marianne que je découvrais, qui donnait la cadence et l'élan, comme dans un cours de danse, ces chevaux de bois qui tournaient devant le kiosque à journaux, cette odeur de pralines, tout m'entraînait confusément vers mes années d'enfance et vers mon avenir: quand j'irais, dix et quinze ans plus tard, le samedi, avec mes filles, au Guignol de Saint-Mandé — ballons, moulins à vent de plastique rouge et jaune, crochets de fer, queues de l'âne à saisir au vol, sucre glace et gaufres brûlantes teintées vanille chocolat... Bref, je ne savais plus si j'étais en 1670, au tout premier14 juillet, quand le Conseil Municipal de Paris l'avait baptisée Place de la Nation et que les fanfares résonnaient jusqu'à Bastille, ou encore en 1931, me faufilant d'un pays à l'autre dans l'Exposition Coloniale installée à Bel-Air, autour du lac Daumesnil: temple d'Angkor, pavillon de la Cochinchine, de la côte des Somalis, du Maroc, de l'Algérie, Porte d'Honneur. J'étais au cinéma. J'ai, en tout cas, reconnu ce plaisir particulier d'être à la fois très loin et très près, ce tremblement des choses qui vous font signe, qui vous demandent d'entrer, mais vous, vous n'avez pas le temps — s'il vous plaît, quelle heure est-il? Vous remarquez donc, pour la première fois, cette horloge à trois faces qui ressemble à celle des Fraises sauvages de Bergman, vous dites que vous êtes en retard, que vous repasserez et vous savez que vous dites vrai; vous regardez tout très vite et, par pudeur, vous oubliez la scène. Vous la résumez pourtant en une ligne de feu dans votre cahier bleu marine: La Nation, coup de foudre.

Je ne suis plus retournée dans le douzième jusqu'en 1976 où j'ai choisi de faire suivre ma première grossesse à l’Hôpital Saint-Antoine, pour pouvoir aller tous les mois rôder au marché Lenoir, Place d'Aligre, là où je savais que, chaque jour, on pouvait au même endroit faire ses courses, trouver de la petite brocante et se croire en vacances. Là encore, j'aimais les cadrans de l'horloge au milieu de la place, avec ce drôle de clocheton au-dessus. Aligre est devenu mon village pendant toute cette année, je retrouvais le vieux Paris que je n'avais pas connu et le marché couvert me conduisait, les yeux fermés, vers le Marché Central de Tunis. J'aimais les cafés, les saxophonistes, les conversations autour d'une minuscule table, avec à nos pieds tous les trésors qu'on se montrait: une opaline, une veste en cuir, des verres de bistrot, des fruits exotiques, un drap de lin brodé, des olives de Kalamata ou un vieux pull à torsades tricoté main qu'on avait trouvé au milieu d'une farandole de vieux foulards et de chemises en flanelle.

À l'hôpital Saint-Antoine, le jour où ma fille est née, une infirmière, très troublée, est venue me dire qu'une jeune fille venait d'accoucher et que son père — qui était le père du bébé — avait exigé qu'elle n'allaite pas, pour ne pas abîmer ses seins. Elle avait dix-huit ans. La jeune fille avait l'air heureuse; personne ne comprenait si c'était vrai ou faux.

Ma fille, que j'ai bien évidemment nommée aussitôt Marianne, est née à Saint-Antoine qui est resté pour moi le lieu le plus insolite et le plus miraculeux du douzième. Là où tout pouvait arriver, le lieu de création par excellence. Et puis, peut-être aussi parce que saint Antoine lui même, patron de l'arrondissement, avait le pouvoir de retrouver les objets perdus, j'ai cru être sous sa protection. Tout ce que je croyais perdu allait désormais pouvoir être retrouvé. En une semaine, alors que je prenais enfin conscience que je serais mère pour toujours, quelque chose s'est éclairé dans mes yeux, un nouveau défi, une certitude: j'écrirais un roman, un livre entier. Puisque j'avais été capable de créer un être à la fois fini et infini, un enfant qui aurait sa propre vie, je pourrais enfin voyager au-delà de mes cahiers et feuilles volantes.

La malice des rencontres a voulu que je visite, quelques mois plus tard, un appartement derrière la Nation et que je m'installe dans cet arrondissement, avec le sentiment de revenir dans mon pays de naissance ou plutôt de me créer un nouveau pays de naissance. Cette fois, au lieu de mosaïques et d'arabesques, des cheminées prussiennes, une façade 1900, un jardin municipal sous les yeux, scandé par de grands sophoras du japon sur tout le Boulevard. Et, par la fenêtre de la cuisine, si on se mettait à un point très précis, on pouvait voir une des Colonnes du Trône grimper vers le ciel. Depuis, Paris s'est confondu avec mon amour.

 

Colette Fellous Juin 2002

 

Née en 1950 à Tunis, Colette Fellous est productrice sur France Culture depuis 1980. Elle a dirigé de 1990 à 1999  Les Nuits Magnétiques - et est aujourd'hui productrice de «Carnet nomade».

Elle a publié ses deux premiers romans Roma (1982) et Calypso (1987) chez
Denoêl. Tous ses autres romans sont publiés chez Gallimard, comme Rosa Gallica (1989), Midi à Babylone (1995), Amor (1997), Le Petit Casino (1999) et Avenue de France (2001).

Paris par écrit    Vingt écrivains parlent de leur arrondissement

 Éditions L'Inventaire et la Maison des écrivains, Paris, 2002. ISBN 2-910-490-44-0

Table des chapitres

Guy Goffette, L'Amateur de passants                     11

Anne Weber, Le Client est roi                                15

Pierre Pachet, Temple                                            19

Michèle Gazier, La Revenante                                25

Arnaldo Calveyra, Parmi les villes de Paris...           31

Dominique Noguez, La République du VI`              37

Viviane Forrester, Quartier, paysage                       43

Philippe Vilain, De Paris et d'ailleurs                        47

Noëlle Châtelet, Définitions très subjectives             53

Maria Maïlat, La Puissance des ombres                   57

Jean-Noël Pancrazi, J'allais partir.                            65

Colette Fellous, Quelle heure est-il à la Nation ?       71

Dominique Buisset, PARIS (13 — 1) (XIII + I) = S   81

Jerome Charyn, La Schéhérazade de la 24` division  87

Magda Carneci, Paris. Le parc Georges Brassens     93

Nuno Judice, À la recherche du plan perdu               101

Brina Svit, La double vie de Guy et de Nissim          109

Nimrod, Passants célèbres de Montmartre               113

Tiphaine Samoyault, 67, rue de Flandre                    117

Michelle Grangaud, Paris vingtième                           123

Guy Goffette (1er), Anne Weber (2è) Pierre Pachet (3è),
Michèle Gazier (4e), Arnaldo Calveyra (5è`), Dominique Noguez (6e),
Viviane Forrester (7è) Philippe Vilain (8è) Noëlle Châtelet (9è),
Maria Maïlat   Jean-Noël Pancrazi (l0è), Colette Fellous (12%
Dominique Buisset (13è), Jerome Charyn (le), Madga Carneci (15%
Nuno Judice (le), Brina Svit (17`), Niinrod (18è)
Tiphaine Samoyault (19è), Michelle Grangaud (20°).

On ne traverse pas à grandes enjambées cette singulière " capitale des signes ", on l'habite, on la déchiffre et non seulement par les yeux, l'humeur de chaque jour, mais par les figures qu'on s'invente, les souvenirs dont on s'empare.

Respectant la règle du jeu, les auteurs de ces textes composent et proposent le portrait métaphorique d'un arrondissement de Paris qui leur est familier par le commerce des jours et de la mémoire. Ici, les voix se croisent, les perspectives se multiplient, les itinéraires bifurquent et s'évadent. Des constantes cependant, des concordances à tout le moins, se manifestent dans leurs parcours individuels.

Nos auteurs sont moins nomades qu'on pourrait le supposer... Oui, chacun, dans la Ville immense, est en quête d'un repos, d'un lieu qu'il ferait sien. Mais ces refuges sont un leurre auquel on fait semblant de croire. Et peut-être que l'écrivain, cheminant à travers les mots improbables, ne cherche inlassablement qu'une image de lui-même, celle qui se dérobe toujours.

Claude Esteban

 

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 13:02

INTERVIEW DOMINIQUE ROLLAND, HISTORIENNE (Paris Match Octobre 2011)

Auteure de « Petits Vietnams, histoire des camps de rapatriés d'Indochine » (Elytis, 2010)

 

Compte tenu de leurs conditions de vie en France, ces eurasiens n’auraient-ils pas mieux fait de rester au Vietnam ?

« il faut bien comprendre la situation eurasiens dans l’Indochine française. Issus de relations provisoires entre français, militaires ou fonctionnaires et jeune femmes annamites-les fameuses congaies !-, ils étaient rarement reconnus par leur père. Et donc, de ce fait, pas citoyens français. Mais pas tout à fait indigènes non plus, puisque de sang français. Cette ambigüité fait qu’ils ne sont véritablement intégrés ni d’un côté ni de l’autre. En 1928 cependant, un décret leur facilite l’accès à la citoyenneté, et en raison de leur connaissances des langues et des sociétés françaises et annamites qui les rendent fort utiles, ils sont souvent employés dans les postes subalternes de l’armée, des prisons, des douanes, de la sûreté : en fait, toute les instances de surveillance et de  répression de la colonisation.. Des deux côtés, on les soupçonnait notamment de traîtrise, c’était du reste inévitable, quand on est métis dans une situation coloniale, si on est fidèle à une part de soi-même, on est nécessairement traitre à l’autre.

. Lorsque le nationalisme vietnamien augmente, le ressentiment de certains vietnamiens crée des situations de tensions très dures. Il a deux massacres très violents en 1945 à Saigon et en 1946 Hanoi, attribués au Viet-minh, ce qu’il a toujours nié, mais vraisemblablement commis par des éléments extrémistes incontrôlés dans leurs rangs. Ces deux événements provoquèrent une angoisse très forte chez les populations franco-vietnamiennes. Alors quand on leur propose de les rapatrier en France, ils n'hésitent pas. D’autant que pour eux, il n'y a rien de plus beau que la France. Pour eux, la France, c’est beau, propre, blanc… Sauf que pour eux,  la réalité de la métropole, ce sera celle  des camps. »

 

Pourquoi ces gens, qui étaient des citoyens français, sont-ils restés oubliés pendant autant d’années ?

« Ils arrivent juste après la guerre d'Indochine. Dien Bien Phu est un traumatisme énorme, beaucoup de Français y sont morts. Plus personne n'a plus envie d'entendre parler de l'Indochine.  La gauche et le Parti communiste, qui auraient pu les défendre, soutiennent l’indépendance du Vietnam, et se trouvent donc embarrassés de cette population rapatriée perçus plutôt comme des collaborateurs de la colonisation. Bref, en France, ces rapatriés n'intéressaient personne. »

 

Pourquoi les habitants du camp ne se sont-ils pas fait entendre ?

« Il y a eu une révolte à Bias, en 1959, mais fermement réprimée, avec l’aide des CRS, par les autorités du camp qui craignaient une infiltration communiste. Les meneurs ont été rapidement expulsés. En réalité, les camps de Sauinte Livrade et de Bias étaient occupés majoritairement par des femmes qui ne parlaient pas français, des enfants et des hommes malades ou âgés. Comment auraient ils pu se défendre ? L’administration du camp les menaçaient de les expulser alors qu’ils ne connaissaient rien de la société française et sesentaient incapables de se débrouiller à l’extérieur.

 

Les enfants du camp n’auraient-ils pas pu faire quelque chose ?

« Ce qu’on fait ceux qui ont réussi à sortir du camp et à trouver un travail, c’est d’apporter un peu de confort matériel à ceux qui étaient restés. Dans l’étroite marge de manœuvre que laissait l’arrêté Morlot, une disposition kafkaienne qui interdisait aux hébergés du camp, sous peine d’expulsion,  de détenir des « signes extérieurs de richesse » puisque ceux ci auraient été autant de preuve de revenus. Dans l’ensemble, les enfants arrivés au camp réussirent à en sortir, par le biais des études pour certains, du travail pour d’autres, et leur intégration est une réussite, même s’il y a des échecs. Le plein emploi de cette époque leur a permis de trouver du travail et de s’installer dans la vie, ne revenant au camp qu’une ou deux fois par an, revoir leurs mères. Au bout d’une ou deux décennie,  seuls les parents âgés et les plus faibles, les chômeurs ou les handicapés, n’ont jamais réussi à partir, ou ne se sont pas sentis capables d’affronter l’extérieur. On assiste depuis les années 200,  au retour de ceux qui sont parti il y a trente ou quarante ans. Effet de la nostalgie, du sentiment d’être dépositaire de l’histoire, maintenant que les premières générations ont pratiquement disparu. L’imminence de la rénovation du camp, et donc de sa disparition physique, a constitué aussi un moteur de mobilisation pour accompagner ces changements et se battre pour la transmission de la mémoire à leurs enfants et petits enfants.

 

 

 

D’autres populations dans l’histoire contemporaine de la région ont a été hébergées dans des camps. Qu’y a-t-il de semblable dans leurs destins ?

Ici, au Moulin du Lot, ou dans d’autres camps militaires voisins, se sont succédés des réfugiés espagnols, des travailleurs indochinois, des harkis, en enfin les rapatriés d’Indochine. Ils avaient en commun d’être indésirables. Ils n’arrivaient pas là parce qu’ils avaient commis quelque chose de répréhensible, mais parce qu’ils étaient indésirables. C’étaient des camps de rélégation, de mises à l’écart. Ils étaient condamnés à l’oubli, en quelque sorte. Il ne faut pas oublier non plus que des juifs ont également séjourné dans ces camps, en transit vers Drancy. Eux ne sont pas revenus.

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 11:47

Marie Richeux : Pour approcher cette Claire, vous convoquez plusieurs voix y compris la sienne si bien que j'ai eu l'image d'un immense banquet où toutes les personnes qui avaient un jour croisé Claire qui croyaient connaître Claire pouvaient s'exprimer et parler d'elle, c'est comme si pour moi des gens essayaient d'exprimer quelque chose d'inexprimable au même titre que la foi: est-ce que Claire a une dimension absolue de cette sorte ?   
Pascal Quignard: Claire ne partage avec personne elle est absolue dans ses amours.
Le regard qu'on porte sur soi même n'est pas plus sûr que celui que les autres portent sur vous qui est toujours faux aussi. Ce n'est pas l'identité qui est importante, ce sont ces instants où l'identité crève , se déchire quelque chose comme la rage et la mer dans ce que l'être a d'orageux comme dans Dubillard.
Les solidarités mystérieuse c'est l'amour qui réunit deux êtres, Claire et Simon (le marin un homme du lieu, socialisé, sportif, marié etc... ),un amour qui prend racine dans l'enfance, dans l'adolescence, qui ne s'apaise pas,peut-être après la mort. QUIGNARD.JPG

Est-ce que c'est d'aimer si fort qui extrait un peu Claire du monde des autres on va dire ?
 Le premier l'amour quand on l'éprouve , on n'a que la surprise, on en n'a pas la connaissance,on ne peut le comparer à rien, il y a quelque chose qui s'ouvre comme un abîme et irradie sur la vie entière.Elle n'est pas dépossédée de ce premier amour elle est dans cette recherche d'une émotion qui passe tout. Une des beautés de l'amour c'est d'écarter les autres. Les amants se séparent de la société, c'est pourquoi la société n'aime pas l'amour fou, elle préfère le mariage ou d'autres conventions: les enfants, la famille, quelque chose que l'on peut réguler et que l'on peut arrimer à la reproduction sociale et l'amour fou s'enfuit, va au delà de la vie communautaire....
"L'Amoureuse" de Barbara fait écho de façon bouleversante à la Claire de Pascal Quignard.
"Les femmes ont besoin des hommes pour les consoler d'un chagrin inexplicable"
 Combien de familles ont maquillé des suicides en mort naturelle si bien qu'on ne peut parler de la mort aussi facilement que ça et il est inconvenant qu'on parle à leur place.Simon a-t-il été pris par la mer ou s'est-il volontairement donné à elle ?
Dieu parle trop c'est le Verbe, et est fatigué, il y a peut-être plus ancien et plus silencieux que Dieu.En amont du Verbe et du Créateur  il y a cette origine le soleil, la nuit qui eux ne sont pas fatigués....
Quelle musique vous a accompagné lors de l'écriture des chapitres de ce roman ?
 Nocturne en Ut mineur de Chopin accompagne le va et vient de la mer.

http://www.franceculture.com/emission-pas-la-peine-de-crier-pascal-quignard-2011-10-18.html

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 10:23
Saint-Chamas1.jpg

 


HOMMAGE AUX TRAVAILLEURS FORCES INDOCHINOIS DE 1939-1945

Dimanche 16 Octobre 2011

Parc de la Poudrerie

Discours de Frédéric Vigouroux

Maire de Miramas, Conseiller Général

 

Mesdames, Messieurs les représentants des familles de travailleurs indochinois déportés à la Poudrerie de Miramas-Saint Chamas

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires, Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les Présidents d'Associations

Mesdames, Messieurs, Chers Amis.

Nous levons aujourd'hui le voile sur une tragique page de l'histoire.

Nous rendons aujourd'hui un hommage qui aurait du intervenir il y a 66 ans.

Nous rendons ainsi un peu de leur dignité d’hommes à 20 000 oubliés car depuis 66 ans le silence officiel a volé la mémoire de 20 000 hommes.

En 1939, l'Etat Français déporte brutalement 20 000 jeunes paysans indochinois, conduits en France où ils deviennent travailleurs forcés dans des conditions indignes.

Pour la plupart, ils ont été contraints de venir, arrachés sans ménagement à leurs familles, jetés dans des bateaux dans des conditions inhumaines, convoyés jusqu'à Marseille où ils sont parqués à la prison des Baumettes.

Puis ils sont répartis entre plusieurs sites civils ou militaires : usines d’armement, campagne de Camargue où ils créeront les rizières et poudreries nationales comme celle de Miramas-Saint Chamas.

Ici même, 1000 hommes vont venir travailler sans salaire et dans des conditions très pénibles et dangereuses.

A quelques pas d'ici, au Centre Carnot, ces 1000 hommes vont être logés dans un camp à la discipline sévère où règne la maladie et la malnutrition.

L'Administration poussera le cynisme jusqu'à dénommer ce camp « Gia Dinh », mon foyer, ma famille en vietnamien.

Sur les 20 000 travailleurs, plus de 1000 ne rentreront jamais chez eux, morts en France de fatigue, de maladie ou par suicides.

Et les autres ne retrouveront même pas tous la liberté en 1945.

Discours-de-Than.jpg

Pour certains, il faudra attendre jusqu'en 1952, soit 7 ans après la fin de la guerre.

On pourrait croire que l'histoire tragique de ces hommes s'arrêtera là.

Mais le pire a été à venir pour eux et pour leurs descendants : l'oubli, le déni de l'Administration et des Gouvernements Français.

Jamais aucune reconnaissance officielle du sort abject fait à ces hommes.

Un silence de plomb sur leur histoire et un refus obstiné de toute indemnisation.

C'est à l'engagement de quelques hommes, à leur sens de l'honneur et de la justice, que nous devons d'avoir très récemment été informés de cette infamie.

Merci à Pierre DAUM, le journaliste qui a exhumé la vérité enfouie.

Merci aux associations Histoires Vietnamiennes et Les Amis du Vieux Saint Chamas qui l'aident à diffuser cette vérité.

Merci à toutes celles et tous ceux qui se sont associés à l'hommage rendu aujourd'hui.

Nous, habitants de Miramas et de Saint Chamas,

Nous qui sommes républicains,

Nous qui chérissons la liberté et l'honneur,

Nous qui honorons le souvenir des déportés et des résistants,

Nous ne pouvons pas accepter que ce silence indigne persiste.

Voilà pourquoi aujourd'hui nous sommes rassemblés pour dévoiler et honorer le souvenir des travailleurs forcés indochinois qui ont travaillé ici et ailleurs en France.

Voilà pourquoi nous exprimons notre indignation, notre compassion et notre soutien aux familles de ces travailleurs forcés.

Voilà pourquoi nous appelons à la reconnaissance officielle de ce drame de l'histoire coloniale par notre Gouvernement.

Voilà pourquoi je prends l'engagement solennel devant vous de saisir tous les parlementaires de notre Département, députés et sénateurs, du sort injuste de ces travailleurs pour que leur dignité leur soit rendue et pour qu'une juste indemnisation soit apportée à leurs familles.

Avant de poursuivre cette cérémonie, je vous demande de respecter avec moi une minute de silence à la mémoire de ces travailleurs forcés, qu'ils soient disparus ou encore vivants.

Je vous remercie.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 18:19

L'invention du solitaire dans et par la littérature par Dominique Rabatet

( Coll. Modernité)


Les Nouveaux Chemins de la Connaissance  France Culture - 18 Octobre 2011

Quoi de plus convenu et de plus paradoxal que la solitude de l'écrivain,on n'imagine pas écrire au milieu de la foule,en tendant l'oreille, créer au milieu d'un groupe et pourtant ce sont les êtres autour de lui qu'il décrit, c'est l'humanité et l'empathie ou le dégoût qu'elle lui inspire qui bien souvent guide son travail, en cela l'écrivain est la figure type du solitaire qui ne désire rien tant que d'être seul, mais puise son inspiration dans l'observation des autres et écrit pour être lu par ces mêmes personnes. Etre avec autrui pour mieux être seul quitte à prendre le risque de rencontrer comme le dit Guitry,ces personnes qui augmentent votre solitude en venant la troubler.
La figure de l'écrivain est presque automatiquement celle du solitaire si l'on pense à Flaubert, Kafka,Beckett...
C'est autourde Rousseau que quelque chose change, c'est à dire que l'idée de littérature comme littérature devient autre chose que les belles lettres, impose que l'écrivain soit dans la rupture de la communication. L'écrivain c'est celui qui écrit en différé en l'absence du lecteuret donc il y a une façon de s'absenter.
Rousseau cristallise ce débat; Diderot dit "Un homme solitaire est un homme méchant" alors que toute la fin de l'oeuvre de Rousseau est un plaidoyer pour dire qu'on peut être seul et bon,on peut être seul et condamné à la solitude, mais d'une certaine manière cette solitude est féconde parce que c'est le lieu même de la réinvention de soi, des autres et d'une meilleure société.
La Figure du solitaire a été inventée.Bien sûr il ya avit les solitaires de port Royal, les anachorètes,on a beaucoup de solitaires dans la religion notamment chrétienne des premiers temps mais je crois que ce qui se passe avec Rousseau et juste après Rousseau,c'est plutôt l'idée d'une sorte de divorce essentiel entre l'individu et la société. Rousseau est le premier temps archéologique d'une histoire de la solitude comme fondement de la littérature,mais c'est le Romantisme qui va d'une certaine manière agraver les choses et ouvrir ce qui est pour moi le régime moderne de l'individualisme c'est à dire une sorte de conflit permanent entre la revendication d'être son propre lieu d'autonomie, donc une forme d'individualisme en tant que "je suis coupé des autres" et en même temps une sorte de douleur de cette coupure donc une sorte de rapport problématique entre individu et collectivité.C'est l'image de Chateaubriand cheveux aux vent dans la nature puis celle de Flaubert enfermé à croisset ou Kafka dans sa cave etc...
Il y a une sorte de sésession qui peut prendre toutes formes de dimensions politique, ça peut-être une forme de refus de son temps, le geste est politique sans qu'on puisse lui donner une signification univoque.Il y a toutes sortes de manières de faire sesession.
Nouvelle Revue de Psychanalyse: "Etre dans la solitude":il y a une douleur psychique de la solitude mais il ne faut pas oublier la conquête des possibilités de s'isoler et de vivre seul, il ya bien un choix de la solitude, une manière de retrait. C'est dans la lecture qu'on peut s'isoler;, il suffit de regarder dans le métro, la lecture est une refuge personnel, comme l'écoute de la musique est un espace à soicomme mise à l'écart du groupe, à la fois passive et aussi une intolérance à l'indifférence.;
Lecture :1ère Promenade des Rêveries du promeneur solitaire de JJ Rousseau où on a une affirmation de revendication de solitude blessée. "Me voici donc seul sur la terre" il semble tirer une certaine fierté de cette solitude mais en même temps il souffre de cette mise à l'écart on on a donc là toute l'ambivalence de ce geste du solitaire. La question qui se pose est de savoir dans quelle mesure le solitaire qui s'affirme comme tel,n'est pas de mauvaise foi,en essayant d'incorporer ce dont il est victime.Si c'est la société qui le rejette alors il est facile pour lui de dire non, c'est moi qui la rejette.Il est plus victime que héros de sa solitude.
C'est un texte inaugural de l'apparition de quelque chose d'entièrement nouveau à plusieurs titres: c'est la conversion d'une exclusion en une sorte de liberté qui est une sorte de retournement subjectif absolument admirable, la discussion n'est jamais finie avec Rousseau de savoir s'il était complètement paranoïaque, il l'est certainement mais il y a une radicalisation magnifique: "Seul sur la terre" c'est énorme,car on sait bien sûr que Rousseau n'est pas seul sur la terre,qui est peuplée d'un certain nombre d'individus,mais dans ce retournement l'autre chose que je trouve vraiment capital est cette phrase des Confessions, "je forme une entreprise qui n'eut jamais d'égal" il ouvre la voie à toutes les écritures du Moi au XIXème siècle, c'eyts à dire que le deuxième geste qui accompagne cette revendication,c'est une sorte d'enquête philosophique mais qui n'est pas philosophique au sens cartésien, mais plutôt existentiel faudrait-il direc'est à dire finalement, rendu à moi même, qui suis-je ? Et ce geste la ouvre l'écriture autobiographique que Rousseau a déjà pratiqué dans les Confessions, l'écriture du Journal intime au XIXè siècle et  toutes ces écritures de Soi qui vont accompager le XIXè: cette phrase de Maine de Biran : "Sentir sa vie c'est toucher le fond de ce qu'il y a de plus solitaire dans l'être humain" ou une phrase d'Emmanuel lévinas: "le sentiment d'exister est ce qui fait de nous des monades" (l'impartageable c'est l'exister propre à chacun) et cette dipension la va devenir l'exploration par l'écriture. Dans les Rêveries il y a une sérénité et un plaisir d'être soi avec soi qui est très impressionnante et qui fait que c'ets un texte tout à fait magique.Dans la Vè Rêverie, Rousseau parle de cette paix et de cette sérénité quand il est sur le lac St Pierre en Suisse, qu'il sent en lui ce sentiment d'exister qui va de pair avec ce contentement.
Est-ce qu'on peut dire que le geste de l'écrivain solitaire serait non pas tant le rejet des autres,que la quête d'une identité dans ce retour sur soi. L'écriture impose ce mouvement intérieur qui par définition vous coupe des autres.
Pourquoi ce moment de solitude exige-t-il de s'écrire.Beaucoup de gens sont seuls et n'écrivent pas.
Il y a ce besoin de médiatiser l'immédiat sentiment de se sentir soi comme destinataire et je trouve Rousseau un auteur très intéressant pour ça, car on voit très bien dans les Rêveries, cet espèce de mouvement. cette solitude n'est pas simplement un rapport d'être un mais elle est déjà un rapport d'être un pour soi,et en quelque sorte elle reforme toute une sorte de théâtre dinterlocution ou de dialogue de polyphonie comme chez Beckett.A peine est-on seul,qu'on est ausi avec ses proches avec son histoire familiale, avec toutes sortes de choses qui se mettent à dialogueret des oeuvres comme celles de Thoreau, Walden. L'écrivain solitaire est aussi une sorte de repeupleur. Il s'éloigne des autres pour mieux les décrire, le fond de son oeuvre c'est l'existence humaine, c'est l'Humanité,qu'il y adhère ou qu'elle lui inspire du dégoût.
N'y a-t-il pas une mauvaise foi dans l'homme qui a été rejeté, on sent la douleur mais aussi qui s'est peut-être mis dans la position d'être rejeté par les autres, et en même temps, le fait qu'il l'écrive, montre qu'il veut recréer le monde à partir de son écriture, il y a une forme de narcissisme déguisé,et d'idéalisme, l'écrivain solitaire veut créer le monde a son imageà partir des autres.
Il y a quelque chose qui ne peut pas trouver de solution dans la position de l'individualisme et de la solitude, les écrivains disent ce rêve d'autarcie: si on était suffisant à soi même, comme le dit Pascal ou Guitry (c'est à dire Dieu d'une certaine façon), c'est parfois un fantasme régressif.
L'autre pôle serait en sociabilité entièrement heureuse et Rousseau c'est ne l'oublions pas l'auteur du Contrat Social,de la Nouvelle Héloïse, a inventé l'idéal d'une petite société, ou on est à la fois seul et en compagnie.Rousseau n'est pas encore le solitaire romantique, il en a la verve et ouvre la brèche d'une certaine façon, mais les Rompantiques et Chateaubriand en feront autre chose que Rousseau qui appartient encore au XVIIIè, et des textes futurs vont agraver cela comme Olivier Cadiot un Robinson bavard où la  drôlerie du solitaire veut être seul avec soi même et congédier le monde, et en même temps de mouvement panique, dans cette espèce de solitude dont on ne peut pas sortir, dans une angoisse du soliloque.

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